Grands Chantiers de la danse téléchargez le i-mouvance

DES DG PASSIONNÉS!

Entrevue avec Lorraine Hébert
Directrice générale du Regroupement québécois de la danse depuis 2003

Lorraine Hébert

RQD - Les Seconds États généraux de la danse professionnelle du Québec ont eu lieu en avril dernier.  Les attentes que cet événement a suscitées sont élevées. Où en est le RQD à l’issue de cet exercice hautement démocratique et devant la responsabilité d’en assurer les suites?

Lorraine Hébert - Il faut savoir que les États généraux de la danse sont le résultat de quatre ans de travail, la première demande de soutien pour mener des travaux de préfiguration ayant été déposée à la Brigade volante du Conseil des Arts du Canada à l’automne 2004. Les étapes de conception, de planification, de recherche de financement ont demandé plus de temps que prévu si l’on réfère au premier échéancier du projet des Grands Chantiers présenté aux trois conseils des arts au cours de l’année 2006, et qui prévoyait la tenue des États généraux de la danse en 2008. La difficulté d’attacher le financement requis explique que les travaux des Grands Chantiers de la danse n’aient pu démarrer qu’en mars 2008, la chargée de projet n’ayant pu être embauchée avant décembre 2007. 

Le projet était ambitieux, nous le savions, mais nous avions la conviction que la démarche proposée, en dépit de sa lourdeur en énergies humaines et ressources financières, était celle qu’il fallait emprunter. Les Grands Chantiers de la danse, c’était d’abord et avant tout un processus de consultation et de concertation auquel un nombre élevé de professionnels de la danse étaient invités à participer sous une forme ou une autre, et la dynamique de réflexion, nous y tenions mordicus, devait favoriser des échanges intersectoriels et intergénérationnels. Il faut rappeler l’objectif que nous poursuivions avec les Grands Chantiers de la danse : faire en sorte que le milieu de la danse se dote d’une vision collective du développement de la discipline, ce qui présupposait la connaissance des besoins et des réalités des uns et des autres et la compréhension des relations d’interdépendance entre tous les acteurs de la chaîne, qu’il s’agisse de formation, de recherche, de création, de production, de diffusion et de services. Il est vrai que les travaux des Grands Chantiers, de par leurs thématiques transversales, ratissaient large. Trop large, diront certains! Mais le choix de ces thématiques répondait justement à la volonté de favoriser la réflexion en dehors du cadre habituel qui sépare les fonctions et les secteurs de la pratique de la danse. Le défi des défis pour la danse en est un de structuration et de consolidation qui affecte tous les maillons de la chaîne et, dieu sait, qu’ils sont tricotés serrés en danse!

Lorraine Hébert assemblée généraleC’est dans le même esprit que nous travaillons sur le Plan directeur de la danse professionnelle du Québec, car il s’agit de donner forme à une vision collective et systémique du développement de la danse professionnelle du Québec. Nous nous inspirons, c’est certain, des recommandations adoptées dans la majorité des cas à l’unanimité, mais en les traitant selon des axes d’intervention qui permettent de mieux identifier les acteurs, les destinataires, les fonctions visées, les modes et les niveaux d’intervention souhaités pour obtenir des effets véritablement structurants sur l’ensemble de la discipline. À cette étape-ci des travaux sur le Plan directeur, nous regardons comment d’autres pays, je pense entre autres à la Grande-Bretagne, ont abordé la question de la structuration de la discipline en prenant en compte tous les éléments de la chaîne, depuis la formation jusqu’à la médiation artistique, en passant par la recherche, la création, la production, la diffusion locale, nationale et internationale. Et s’il faut déjà identifier des priorités, je dirais très spontanément qu’il faut en tout premier lieu revaloriser l’acte de recherche et de création en danse et mieux faire comprendre la spécificité du cycle de production d’une œuvre chorégraphique. Car tout ce qu’on peut imaginer comme intervention structurante, quel que soit le secteur de pratique visé, doit permettre aux artistes d’atteindre des niveaux très élevés d’excellence et de compétitivité sur le plan de l’innovation. Je persiste à croire en la nécessité d’améliorer de manière significative les conditions de recherche, de création et de production en danse. Le vrai défi du Plan directeur est d’en arriver à proposer des stratégies d’intervention qui convergent dans la même direction : renforcer le noyau dur de la danse, un art de recherche et de création dont le déploiement exige des investissements structurants en formation, promotion, diffusion, médiation et conservation.

Soirée d'ouverture États générauxSi l’on peut considérer comme un grand succès l’ensemble de l’opération, les États généraux de la danse sont déjà loin derrière nous, et la responsabilité qui incombe maintenant au RQD est énorme, compte tenu de ses ressources et des dossiers qui continuent de tomber sur sa table, qu’on soit ou non en train de plancher sur un plan directeur. Le défi est de ne pas céder à la pression qui vient de toute part et de rester concentrés sur la tâche, en revendiquant du temps et de l’espace pour réfléchir… L’important est de bien faire ce que nous avons à faire, et il n’est pas vrai que l’éléphant accouchera d’une souris. Tous les jours, c’est ce que je me dis, en repensant à ce qu’il a fallu comme détermination et conviction pour en arriver là où nous nous sommes rendus en avril 2009. La mine d’or que nous avons sous les yeux, nous trouverons les moyens d’en extirper les filons. Ce plan directeur doit être inspirant, mobilisant et engageant pour un nombre important d’acteurs et sur plusieurs années. Nous devons, bien sûr, prendre en compte les opportunités et les contraintes actuelles mais, si nous devions nous y limiter, nous aurions failli à la tâche : penser en dehors du cadre existant et en fonction des spécificités et des réalités de la danse.

RQD - Tu as beaucoup parlé du Plan directeur et de ce qu’il exige comme travail de réflexion, mais comment vois-tu l’avenir du RQD?

LH - En même temps que nous travaillons sur le Plan directeur, nous sommes engagés dans une démarche de planification stratégique et pour cause! Il paraît évident que le RQD aura un rôle à jouer dans l’implantation du Plan directeur et il se révèle beaucoup plus important que nous aurions pu le penser au moment où le RQD se lançait dans les Grands Chantiers de la danse. Cela dit, les États généraux ont eu un effet de stimulation extraordinaire sur la communauté et plusieurs projets sont dans l’air sinon déjà en développement. Il faut donc en tenir compte dans la réflexion stratégique que nous sommes en train de faire, notre plus grand souci étant de continuer à bien jouer notre rôle sur le plan de la mobilisation et de la concertation des énergies et des troupes autour de projets structurants. Pour cela, le RQD doit pouvoir mieux déployer ses antennes, en misant sur des mécanismes permanents de consultation et de concertation, ce qui nous amène à revoir nos structures actuelles de représentativité, nos modes de consultation et nos outils d’information et de communication. C’est d’ailleurs dans cet esprit, et dans les retombées des travaux des Grands Chantiers de la danse, que nous avons déposé le projet d’un Observatoire de la danse dans le cadre du programme Relance Culture du Conseil des arts et des lettres du Québec. Espérons qu’il soit reconduit pour une autre année, car n’ayant obtenu qu’une fraction du montant demandé, nous ne pourrons pas, comme il se devrait, faire le virage qui s’impose pour rester dans le radar.

Chose certaine, il y a un avant les États généraux de la danse pour le RQD, période que je qualifierais de positionnement comme organisme de mobilisation et de concertation de la communauté québécoise de la danse professionnelle sur la scène locale, provinciale et fédérale. Et il y a un après les États généraux. Le RQD doit trouver les moyens de s’ouvrir sur le monde, de tirer profit des avancements prodigieux qu’a connu la danse dans des pays qui se sont dotés de plans de développement, d’ailleurs fort inspirants concernant le positionnement de la danse dans l’espace public et à l’échelle internationale, la place de la danse à l’école, la reconnaissance de la diversité des styles de danse, l’importance d’un système de formation qui assure un continuum de qualité depuis l’école primaire, ou de loisir, jusqu’à l’institution de formation professionnelle, le besoin d’infrastructures et d’équipements adaptés et identifiés à la danse, etc.

assemblée plénièreIl y a beaucoup à faire et, même si on nous dit souvent que le RQD ne peut pas tout faire, il s’avère que dans la réalité il est souvent le seul à pouvoir prendre en main la majorité des dossiers qui tombent sur la table. Je pense entre autres à celui des chorégraphes qui, appelés à être représentés par l’Union des artistes à la suite de la demande de reconnaissance qu’elle déposait à la CRAAAP en juillet 2008, demandaient au RQD d’intervenir en leur nom pour que la danse de création et de répertoire soit exclue du champ de juridiction visé par l’UDA. Pour finalement réaliser, à travers cette bataille juridique ardue et coûteuse, et en même temps que se tenaient les travaux de la commission L’Allier, que la question de la professionnalisation des relations de travail ne peut pas se régler à la pièce ou au cas par cas. C’est d’ailleurs dans cet esprit qu’il faudra traiter les recommandations qui, adoptées à l’unanimité lors des États généraux de la danse, réclament l’amélioration des relations de travail au sein de la profession, soit par l’adoption de codes d’éthique par chacun des secteurs de la pratique, soit encore par la définition de règles visant à améliorer les communications au sein des équipes de travail, soit enfin par l’établissement d’un bilan qualitatif et quantitatif de la syndicalisation des danseurs. Quant au rôle que pourrait être appelé à jouer le RQD, dans ce genre de dossiers, la réponse est loin d’être simple mais la question mérite d’être posée, maintenant.

Quels que soient les choix d’orientations que le RQD sera appelé à faire dans les mois qui viennent, il est devenu impérieux d’interroger les capacités et les limites de son organisation actuelle. D’être au service du milieu est exaltant mais il arrive qu’on oublie que le RQD est un organisme qui, au même titre que les autres organisations du secteur, est confronté à un manque criant de ressources humaines et financières.

RQD - Est-ce que depuis que tu es en poste, il y a des choses que tu regrettes de ne pas avoir pu faire?

LH - Le manque de distance rend difficile la réponse. On peut toujours faire mieux et je suis du genre à penser qu’on peut tout faire quand on le veut vraiment. Si j’ai un regret, c’est parfois d’être comme je suis, c’est-à-dire que je vois tout dans des ensembles, du genre tout est dans tout, contrairement à d’autres qui arrivent rapidement à isoler quelques paramètres autour desquels développer des programmes, des plans d’action ou des projets d’intervention. Et ça marche! Mais il y a des moments dans l’évolution d’un milieu où il faut mettre la table pour tout le monde en sachant que plus ils seront nombreux à la partager et plus il y en aura pour prendre les affaires en mains. Cela dit, je dois avouer qu’après six ans au RQD mon impatience est plus difficile à tempérer et que mon seuil de tolérance à l’indignation, devant les conditions faites aux artistes et travailleurs de la danse, est parfois assez bas. De retravailler avec la consultante Pascale Daigle, de la firme DS 20|07, sur le Plan directeur, et de savoir qu’à partir du mois de mars nous serons soutenues par un comité de suivi, aident à trouver l’équilibre et la motivation requise pour aller au bout du projet des Grands Chantiers de la danse. Le pari, inutile de se le cacher, est audacieux, mais je reste convaincue qu’il vaut la peine d’être tenté dans les circonstances actuelles. 

Propos recueillis par Judith Lessard Bérubé

> haut

Retourner au sommaire

© i-mouvance est édité par le Regroupement québécois de la danse.
Les articles signés expriment l'opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du RQD.

Pour toute information : info@quebecdanse.org

 
 
 

Carte du site Politique éditoriale | Crédits
© Copyright 2005. Tous droits réservés. Regroupement québécois de la danse.